• Céline renaudie

Santé et travail : épuisement professionnel, burn out, bore out, absentéisme, souffrance au travail.


Le rapport de l’OSHA, Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail, dans une étude datant de 2004 estimait à 1 250 millions de jours d’arrêt maladie chaque année. « Les conséquences du Stress en entreprise représentent plus de 55 milliards d’euros par an en Europe (arrêts de travail, maladies professionnelles, absentéisme, baisse de productivité) ». Gérard HERNANT, psychomotricien, membre du haut Conseil des professions paramédicales - Directeur de l’ISRP. 27 % des entreprises en France déclarent intégrer la prévention du stress et 18 % mettent en oeuvre des plans d’action sur ce sujet. Source : Campagne Européenne ENWAP 2010.

41 % des salariés ressentent des troubles physiques au travail : la fatigue excessive et le mal de dos touchent une personne sur deux, et un tiers d’entre eux ont les yeux fatigués et subissent des maux de tête. Étude Bien-Être et Travail - Qu’en pensent les Français ? - Comundi - janvier 2010

DE 28 % À 78 %, UNE AUGMENTATION DRAMATIQUE DU STRESS EN ENTREPRISE ! Une enquête européenne réalisée en 2000 mentionnant que 28 % des salariés européens déclaraient leur travail, source de stress. En 2006, une étude menée par le Journal du Management révèle une hausse inquiétante en six années : 78 % des salariés estimaient être sous pression !

Épuisement professionnel, burn out : quels chiffres et quel sens ?

Par La Rédaction (Souffrance et Travail - Marie Pezé), mer., 19/10/2016. Actualités

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Ce n’est pas le moindre mérite de la mission parlementaire sur « l’épuisement professionnel » que de chercher à définir et à cerner ce mal social. Mardi, Christophe Dejours, du Cnam, et François Bourdillon, directeur de Santé publique France, ont essayé d’éclaircir cette notion et celle du burn out. La souffrance psychique toucherait plus de 3 femmes actives sur 100.

Créée en mars 2016 par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, la mission d’information parlementaire sur « le syndrome d’épuisement professionnel » a poursuivi mardi ses auditions, entamées en juillet dernier, en vue d’un rapport qui devrait être remis en décembre prochain (*). Bien peu de parlementaires étaient présents, à l’exception du président de la mission, Yves Censi (LR), et de son rapporteur, Gérard Sebaoun (PS), pour écouter mardi matin les experts auditionnés (voir la vidéo ici). A croire que le travail, une fois refermé le débat sur la loi du même nom, ne fait plus recette. Dommage : il n’est que de voir le succès rencontré par les initiatives syndicales sur le monde du travail, qu’il s’agisse de l’enquête CFDT ou de la campagne de l’UGICT-CGT sur l’inégalité professionnelle persistante entre femmes et hommes, pour saisir que le travail au quotidien suscite toujours l’intérêt des salariés. D’autant que les analyses apportées sur le sujet de l’épuisement professionnel ont été intéressantes, c’est pourquoi nous vous proposons ici un compte-rendu de cette audition.

315 cas reconnus mais peut-être 490 000 cas d’épuisement professionnel par an !

Que recouvre cette notion d’épuisement professionnel ? Bien malin qui saurait en donner une définition rigoureuse et acceptée par tous. C’est d’ailleurs bien le problème que pointe François Bourdillon, le directeur général de Santé publique France (**), agence qui mène des études visant à quantifier ces syndromes : « L’épidémiologie consiste à pouvoir compter et pour cela il est crucial de pouvoir définir ce qu’on va chercher à dénombrer, à évaluer. Mais le syndrome d’épuisement professionnel, ou le burn out, ne constitue pas à proprement parler une maladie puisque la souffrance mentale au travail ne figure dans aucun tableau de maladie professionnelle ». Pour autant, poursuit-il, ces syndromes liés au travail existent, du mal être aux troubles anxieux voire somatiques, lorsque l’angoisse provoque maladies cardio-vasculaires et même parfois des TMS (troubles musculo-squelettiques).

L’assurance-maladie a d’ailleurs reconnu, au titre des maladies professionnelles, 315 cas d’affections psychiques en lien avec une maladie professionnelle en 2015. Un chiffre à rapporter à l’estimation du nombre annuel de cas de souffrances psychiques liées au travail : environ 490 000 ! Une estimation qui projette au niveau national les résultats d’un réseau de veille mis en place dans 15 régions via les médecins du travail (***). Ces résultats montrent, a expliqué François Bourdillon, une progression des cas de 2007 à 2012 qui représenteraient de 2,3% à 3,1% pour les femmes et 1,1% à 1,4% pour les hommes, soit un taux de prévalence deux fois supérieur pour les femmes. Dans le bulletin épidémiologique qui résume cette étude, on peut lire : « La souffrance psychique au travail touchait en 2012 plus de 3 femmes actives salariées sur 100 et plus de 1 homme actif salarié sur 100 » (voir ci-dessous notre infographie).

Pourquoi une telle progression en 5 ans ? « On peut avancer deux raisons possibles. D’abord, les salariés, mais aussi les médecins, sont plus sensibilisés à ces questions de souffrance psychique et ils en parleraient donc davantage. Ensuite, il y aurait une détérioration effective des conditions de travail en France ». Mais ces chiffres paraissent aux chercheurs encore trop peu solides pour tenter d’y chercher un quelconque effet entre ces risques psychosociaux et l’évolution de la législation française.

Le burn out concerne à l’origine les toxicomanes, puis les infirmières et travailleurs sociaux

Christophe Dejours, professeur titulaire de la chaire pyschanalyse et santé au travail du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), a pour sa part distingué le burn out et l’épuisement professionnel. Le burn out, a-t-il dit, est un symptôme décrit à la fin des années 80 qui concernait des infirmières et travailleurs sociaux engagés dans l’accompagnement de malades ou de personnes en grande difficulté (toxicomanes, par exemple). « Après une période d’enthousiasme dans l’engagement auprès des autres, ces travailleurs sociaux et ces infirmières vivaient une période d’épuisement sans doute en relation avec l’échec devant les pathologies chroniques, la pauvreté, les rechutes des toxicomanes », poursuit Christophe Dejours.

Ce dernier rappelle que le terme burn out désignait ces personnes (par exemple les toxicomanes) « qui se grillaient » sans qu’un tiers puisse rien y faire. C’est un médecin américain qui a retourné le terme pour l’appliquer aux aidants eux-mêmes : « A force de s’épuiser dans l’aide et dans l’échec, il survient chez les infirmières et travailleurs sociaux une crise de motivation, et une crise dans le rapport subjectif au travail qui se traduit par une dépression ». Cette expression et cette notion ont par la suite été étendues, de façon abusive aux yeux du chercheur du Cnam, à toute la sphère des relations de service, qu’il s’agisse du service commercial, du service de la Justice, etc. Mais Christophe Dejours pointe une différence fondamentale : « Une relation de service n’est pas une relation de soin. Par exemple, un salarié d’un service clientèle a certes des sollicitations importantes du point de vue psychique mais parler de burn out à ce propos est une extension abusive. Le burn out est devenu le mot à la mode pour désigner toute forme d’épuisement professionnel et de dépression mais on ne sait plus très bien ce que ça veut dire ».

L’épuisement professionnel et la charge de travail

Quant à l’épuisement professionnel, Christophe Dejours rappelle qu’il s’agit d’une question déjà ancienne, apparue avec le capitalisme du XIXe siècle et des journées de travail qui duraient jusqu’à 16 heures en épuisant femmes et enfants. La réduction du temps de travail apparaît au XXe siècle, poursuit le chercheur, comme une façon de traiter la question de l’épuisement professionnel. Le paradoxe est donc grand à voir cette question resurgir aujourd’hui, alors que le temps travaillé a baissé. « Mais l’épuisement professionnel est-il une pathologie ? » l’a interrogé le député Yves Censi. « J’ai du mal à répondre à votre question car l’épuisement professionnel est non seulement un état mais il recouvre aussi les conséquences de cet état. Cet épuisement peut être une étape qui conduit à des complications, peut être même jusqu’à des cas de suicides au travail », répond Christophe Dejours. Ce dernier se réfère au Japon où ce sont les juristes, et non pas des médecins cliniciens, qui ont cherché les preuves du lien entre surcharge de travail et suicides. En France, l’exemple du suicide d’un ingénieur chez Renault a démontré, poursuit le psychanalyste, le rapport entre surcharge au travail et suicide : « A partir d’un certain niveau d’intensité et de durée de cette surcharge de travail, ce sont les défenses de l’individu qui s’effondrent. La personne n’est plus en mesure de se défendre contre les effets délétères de l’épuisement. Entre la surcharge d’un côté et des objectifs inatteignables de l’autre, les capacités d’inventer des stratégies pour supporter la situation ou la contourner sont hors jeu et la personne ne trouve pas d’autre issue que le suicide pour sortir de la situation où elle est plongée » (voir à se sujet notre interview de Rachel Saada, l’avocate de la famille de l’ingénieur de Renault).

Lire la suite sur le site Actuel – Comité d’Entreprise, un journal en ligne des Éditions législatives.

(*) Objectifs que se donne cette mission : « Mieux cerner les définitions de l’épuisement professionnel, procéder à un état de la situation actuelle sur l’ensemble des champs concernés, mieux connaître les intervenants et leurs actions, décrire et comprendre les différents modes de prises en charge ». La mission entend aussi faire le point « sur la reconnaissance et la réparation » et « formulera des propositions d’amélioration ».

(**) Santé publique France est « la nouvelle agence de santé publique au service des populations ». Elle se concentre sur les questions épidémiologiques afin de laisser la question de la prévention des maladies professionnelles à l’Anact et à l’INRS.

(***) Ces données concernent la souffrance psychique en lien avec le travail chez les salariés actifs en France entre 2007 et 2012, étude publiée par l’institut de veille sanitaire dans le cadre de sa mission de surveillance épidémiologique des risques professionnels (voir l’article ici).

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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Quelques semaines seulement après le suicide du Pr Jean-Louis Megnien, cardiologue à l'hôpital Georges Pompidou et l'enquête ouverte pour harcèlement moral à l'AP-HP, le débat sur la souffrance au travail des professionnels de santé est relancé par la récente enquête menée par Stéthos International auprès de 1905 professionnels de santé. Selon ses résultats, près de la moitié des professionnels de santé estiment avoir été en situation de Burnout en 2015 et 14% ont été concernés par des conduites addictives. Ils sont 80% à souhaiter être pris en charge dans un centre qui leur est spécifiquement réservé, de préférence éloigné de leur lieu d'exercice.

Selon les enseignements tirés lors du colloque organisé sur ce thème début décembre, les souffrances des professionnels de santé se traduisent le plus souvent par un syndrome d'épuisement (burnout), des addictions et aussi trop souvent par un suicide. Elles sont la conséquence d’un mal-être ou d’une névrose, sont liées à la difficulté à assumer ses limites et touchent plus ceux qui prennent en charge la vulnérabilité humaine. Fait nouveau, le burnout serait surtout dû à la pesanteur croissante des contraintes administratives et socio-économiques, ce qui pourrait encore aiguiser le débat sur le tiers-payant généralisé. Le burnout ne serait pas l'apanage du secteur hospitalier puisque sur les 1905 répondants, 1383 sont des médecins issus majoritairement du secteur libéral. Les professionnels de santé ne sont pas immunisés contre les addictions. Peu d'études sont disponibles sur le sujet, surtout en France où l'on pourrait presque parler de tabou. D'après l'Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies, on sait que 10 à 12% des médecins seraient concernés par les conduites addictives. La consommation d'alcool est la plus courante (la moitié des cas) mais celle de psychotropes, d'opiacés et de stimulants est également relativement répandue. La polyconsommation est fréquente. L’anesthésiologie, la médecine d’urgence, la psychiatrie seraient les spécialités les plus concernées. L'enquête Stéthos donne d'ailleurs des résultats similaires avec 7% des professionnels de santé concernés par la dépendance à l’alcool et 8,5% par les psychotropes ou aux anxiolytiques.

Si comme dans la population générale, des facteurs personnels ou familiaux peuvent expliquer ces conduites, l'environnement professionnel joue souvent un rôle important. Les symptômes sont d'autant moins repérés que l’exercice est isolé. Les troubles restent donc longtemps non diagnostiqués et non abordés, leurs patients potentiellement en danger. Par ailleurs, la difficulté des soignants à se positionner comme patient face à une autre soignant retarde encore la prise en charge. Pour ces raisons, la mise en place d’actions de prévention spécifiques et de programmes de soins adaptés est nécessaire.

C'est d'ailleurs ce que confirme les répondants de l'enquête Stéthos, puisqu'ils sont un quart seulement à se déclarer prêt à se soigner dans les mêmes structures que celles destinées à leurs patients. Ils sont en revanche 80% à préférer un centre dédié aux professionnels de santé, plutôt éloigné de leur lieu d'exercice.

Comme l’a rappelé Pierre CARAYON, professeur émérite de l’Université de Franche-Comté, « Nous sommes une profession à risque, non seulement pour elle-même mais plus encore pour les patients, avec ses spécificités. Pour ces raisons, j’insiste depuis toujours sur la nécessité de créer des structures dédiées pour une prise en soin parfaitement adaptée ».

LE MAL-ÊTRE CHEZ LES MÉDECINS GÉNÉRALISTES • Plus d’1 généraliste sur 10 est en détresse psychologique, avec une variation située entre 10 et 17% selon les régions. • 60% se déclarent menacés par l’épuisement professionnel. • Au moins 30% sont frappés par l’un ou plusieurs des 3 aspects du burnout : - épuisement émotionnel (43% des cas), - baisse de l’accomplissement personnel (33%), - dépersonnalisation (40%). • 58% des internes présentent au moins l’un des 3 critères de burnout. • Le sur-risque de suicide chez les médecins en activité est de 2,3. Sources : Eric Galam, 2011 et 2007 ; Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES), 2010 ; European General Practice Resarch Network (EGPRN, réseau de recherche européen en médecine générale), 2008 ; Didier Truchot, 2006 ; Yves Leopold, 2003

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